Abigaël Betignies – Bowling Le premier 300 féminin en 40 ans à Camon

Ecoutez l’interview d’Abigaël Betignies, le premier 300 féminin en 40 ans au Retro bowling de Camon

Sabine Ripamonti : Bonjour à tous et bienvenue aujourd’hui nous recevons avec Bernard Bormans et Jean Louis Durand les co-fondateurs de l’école de Bowling Espace Jeunes de Camon, Abigaël Betignies, la première élève de notre école fondée en 2008.
C’est l’occasion de célébrer avec elle sa consécration au bowling avec 1 score parfait à 300. A noter que David Sallé le gérant du Retro Bowling de Camon nous a précisé que c’est le premier 300 féminin en 40 ans.
Cependant Abigaël ne s’est pas arrêtée là car en moins de 3 semaines elle a réitéré cet exploit !

Abi a réitéré l’exploit en moins de 3 semaines

Nous rappelons que le score parfait au bowling c’est 12 strikes à la suite

SR : Abi est-ce que tu peux te présenter ?

Abigaël Betignies : J’ai 25 ans, ça fait 15 ans que je joue au bowling

SR : A quel âge as-tu commencé ?

AB : j’ai commencé à 10 ans jusqu’à 21 ans

SR : Oui exact puisque à l’école de bowling nous acceptons nos élèves dès 7 ans et jusqu’à 21 ans maximum. Alors Abi comment en es-tu venue à pratiquer le bowling ?

AB : Parceque mon père jouait au bowling, il jouait déjà l’époque depuis plus de 25 ans, et ma mère a arrêté à ma naissance avant de reprendre un peu plus tard. Donc c’était un peu le parcours logique. J’avais essayé d’autres sports avant, notamment la natation mais ça ne m’a pas plu notamment en compétition où je me suis rendue compte assez vite que ce n’était pas fait pour moi. Je n’étais pas à l’aise et j’étais trop jeune !

Le bowling une histoire de famille

Abigaël et son père Patrick Betignies, vainqueurs de la doublette ACBA 2022

SR : Tu t’es mise au bowling qui est devenu le sport familial, une façon d’exercer une activité tous ensemble ?

AB : Oui je venais au bowling avant d’être à l’école de bowling, je venais avec mes parents, je lançais des boules, j’avais même des barrières à cette époque.

SR : Qu’est-ce qui t’a plu dans ce sport et qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y mettre et d’atteindre un haut niveau de compétition ?

AB : Je pense qu’à 10 ans je n’avais pas vraiment d’objectif, je voyais mes parents jouer et à un moment on m’a dit il y a une école qui ouvre, est-ce que tu veux essayer ? J‘ai dit « oui » et au final je ne suis jamais partie. Ce n’était pas pour faire plaisir à mes parents car c’est vraiment un sport qui me plait. Mais au début je n’avais vraiment pas d’objectif.

La première année à l’école de bowling BEJ

SR : Et donc messieurs Bernard et Jean Louis quand elle est arrivée lors de la première année de l’école …

Bernard Bormans : Oui donc quand elle est arrivée ils étaient 8.

Jean Louis Durand : Oui 8

BB : et donc 8 dont Abigaël et de mémoire comme ça, il me semble que c’est la seule qui a continué. Elle avait la volonté, le dynamisme et l’envie. Ce qui fait que nous l’avons rapidement identifiée comme un bon potentiel.

3 finales de championnat de France et intégration au pôle espoir

SR : Abigaël a accédé assez tôt aux compétitions fédérales en 2009/2010

AB : oui assez tôt et dans ma longue carrière à l’école de bowling, j’ai fait 3 finales du championnat de France en 2012, 2014 et 2017 et j’ai eu la chance à chaque fois de passer en grande finale. Ce qui veut dire que je ne me suis pas déplacée pour rien. En 2012 je crois que c’est passé à une quille seulement. En 2017 je m’en suis plutôt bien sortie aussi !


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JLD : 6ème en minime en 2012, 6ème en 2014 et 8ème en 2017

SR : Bravo Abi beau parcours et puis en 2015, tu m’as aussi confié que tu as été dan le pôle espoir France

AB : Oui j’étais sur les listes ministérielles quand j’étais au lycée, le pôle espoir qui est l’anti chambre du pôle France de Bowling mais mon caractère a été un frein à mon entrée au collectif.

La gestion des émotions c’est la clé

SR : Quand tu parles de caractère, quelles sont selon toi les qualités essentielles pour pratiquer ce sport ?

AB : Juste savoir gérer ses émotions car en soi on peut être un peu colérique. moi je ne savais pas les gérer, et c’est ça qui me posait problème. Je rajouterais également de la patience, de l’envie et de la passion. Savoir gérer sa frustration et sa colère.

SR : Qu’est-ce qui te frustrait ?

AB : Quand je n’y arrive pas, que mon geste ne donne pas ce qu’il faut à l’arrivée. Et les autres qui étaient meilleurs que moi, et que je ne comprenais pas pourquoi et moi je n’y arrivais pas. Et derrière mon père qui me disait « mais pourquoi tu ne fais pas ça !? » et ça m’énervait, je ne comprenais pas qu’on ne comprenne pas que que je n’y arrivais pas… et ça montait et après il fallait que ça sorte.

SR : Oui j’ai entendu certaines anecdotes de tes coachs BB et JLD en compétition, que tu t’acharnais sur ton geste et que dès que tu sortais pour aller pleurer, ils se disaient « à « Ah c’est bon elle va tout réussir maintenant. » (Rires)

AB : Oui ça a fait ses preuves plusieurs fois !

JLD : Oui c’est vrai

Je pleure un bon coup et ça repart

AB : en 2017 à Clermont Ferrant lors de la finale du championnat de France Jeunes ça a fait ça. J’ai très mal commencé avec un 130 ou un 140. J’étais larguée mais pas larguée au point de ne pas pouvoir revenir. Il ne fallait pas un miracle mais presque pour que je revienne. Ma mère était présente, j’ai pleuré un bon coup et j’ai insulté la terre entière dans ma tête. Je suis revenue et j’ai grapillé petit à petit mon retard et je suis passée en finale. Mais il fallait que ça sorte, sinon je pense que je ne me serais jamais qualifiée.

SR : ça fait donc partie de ta routine pour ta gestion émotionnelle. Tu craques un bon coup et tu performes.

AB : C’est un peu ma réputation et bon en même temps c’est vrai. On me traite de pleurnicharde mais c’est vrai (rires) tant que ça fonctionne.

SR à BB et JLD : Au vu de son caractère est-ce que Abi était une élève facile à coacher ?

BB : Facile euh hum (rires) bon elle discutait pas mal les instructions mais elle a toujours fini pas faire ce qu’on lui demandait. Des fois ce n’était pas très facile. même si ça nous est déjà arrivé de la voir pleurer en cours…

AB : oui c’est possible je m’en souviens pas

BB : ah mais moi je m’en souviens bien (rires) elle a toujours fini par suivre ce qu’on lui demandait de faire.

A l’entrainement ça dépendait de qui était l’entraineur

SR à AB : Tu t’es laissée diriger ?

AB : ça dépendait de la personne en face globalement. Car ce n’est pas une légende s’entrainer avec ses parents, avec un entraineur parents c’est beaucoup moins facile que d’avoir un entraineur à côté sans lien de parenté. Si jamais mon père m’avait dit les choses que Bernard m’avait dites ça ne serait jamais passé. Bon de toutes façons ça ne passait pas. Et même encore aujourd’hui quand je fais la doublette ACBA avec lui, il suffit qu’on se dise quelques choses et c’est terminé !

SR : vous persistez à jouer tout le temps ensemble ?

AB : sans vouloir me vanter c’est lui qui me demande. Il a tellement envie de me voir réussir qu’il en devient désagréable. Et moi aussi je le suis donc.

JLD : Oui c’est trop. Il est trop sur toi.

AB : Et encore ça va mieux aujourd’hui, tu as déjà fait Toulouse Amiens dans le plus grand des silences ? C’est long très long. (Rires) on ne s’est pas parlé pendant 3 jours après mon stage au pôle France on s’est tellement pris la tête sur place.

SR : C’est vraiment une passion familiale.

JLD : Et moi je réconfortais le père il me disait « Vas-y je peux plus ! » (Rires)

Non ça ne se prévoit pas, on ne se dit pas là je vais faire 300 !

SR : Parlons donc de tes exploits récents avec 2 scores parfaits à 300 soit 12 strikes d’affilés. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment là? Est-ce que tu visais le 300 ? Est-ce que c’est ce que tu envisageais ?

AB : Je le sentais venir ces derniers temps je tournais autour, oui depuis le début de l’année. Mais ça ne se prévoit pas, on ne se dit pas là je vais faire 300 !

JLD : Oui ça n’existe pas ça

AB : Peut être chez les pros à la limite et encore je ne suis pas sûre. Bon après on le voit venir, on fait 1,2,3,4,5 strikes, au bout du 6, 7ème là on se dit bon éventuellement…

JLD : ça sent mauvais.

AB : Mais c’est ça ma réaction quand j’ai fait le 9ème ou le 11ème c’était « Ah non mais fait c**** » car je l’avais déjà loupé une fois, et je ne voulais pas que ça se reproduise. mes jambes tremblaient un petit peu.

JLD : En général c’est le 10ème qui craint.

AB : On a envie en même temps et quand ça arrive on se dit « ah non » (la peur de l’échec) car on sait qu’on a fait le plus dur mais en même temps le plus dur reste à venir. Bon c’est un peu bizarre comme sentiment.

JLD : Il y en a moins à faire à mais ils sont plus difficiles.

SR : Oui donc c’est la où tu te mets la pression en te disant c’est le moment où jamais je suis à un strike seulement du score parfait.

AB : Oui et là tu te dis c’est mon premier strike de toute ma vie.



Quelles sont les émotions lorsque le 300 s’affiche à l’écran ?

SR : Qu’as-tu ressenti quand tu as vu le 300 affiché ?

AB : J’ai pas vu grand chose, je me suis mise à pleurer tout de suite. (Rires) en plus c’était une semaine qui avait été émotionnellement chargée. Donc le 300 en plus c’était des larmes de joie. J’ai pas vu grand chose j’ai juste pleuré.

SR : Si tu m’avais répondu « oh non j’ai fait un 300 j’ai pleuré j’étais dégoutée » je ne t’aurais pas cru !

AB : J’ai appelé mes parents tout de suite ils étaient contents mais déçus de ne pas être là.

BB : Et les coachs étaient là !

SR : Encore bravo c’est vraiment un beau parcours et un beau score et puis tu ne t’es pas arrêtée là en plus puisque dans les 3 semaines qui ont suivis tu as réitéré cet exploit.

Le mois des réussites sportives et professionnelles

AB : Oui et Jean Louis était là encore. Bon celui là je n’ai pas pleuré et en plus c’était ma première ligne d’entrainement. Déjà aux boules d’essais j’avais fait absolument que des strikes. Donc à la sortie des boules d’essais j’en étais déjà peut être à 5 ou 6.
La pour le coup je me suis pas dit « je vais faire 300 mais il y a possibilité de faire quelques choses ». Surtout que je venais d’en faire 1 il y a 3 semaines donc je me suis dit « redescends un peu quand même de la modestie ! » Finalement en arrivant au 9ème 10ème je me suis dit bon « Voilà RE ! »
C’était un peu moins stressant que le premier mais quand même toujours un peu les jambes qui tremblent.

SR : C’est à ce moment qu’il faut faire preuve d’une grand force mentale en se disant je le joue comme si c’était le premier en fait.

JLD : C’est exactement ça.

SR : C’est également le mois de la réussite car en plus de ces 2 scores parfaits à 300, on peut évoquer aussi ta réussite professionnelle ?

AB : Oui j’ai eu mon CAPES Certificat d’aptitude professorat de l’enseignement secondaire en histoire géo en lycée

SR : Est-ce que tu comptes parler du bowling à ta classe ?

AB : L’histoire du bowling éventuellement

JLD : Leur parler des égyptiens c’est là que ça a commencé.

Le meilleur conseil d’Abi

SR : Ton meilleur conseil pour nos auditeurs, nos élèves et aussi les personnes qui souhaitent se mettre au bowling ?

AB : La patience, ça ne vient pas tout de suite. Ce n’est pas automatique ce n’est pas comme un jeu de carte où on a retenu ce qu’il y a à faire. La pratique est beaucoup plus compliquée que la théorie. Il faut pratiquer, pratiquer, pratiquer.

SR : tu t’entraines combien de fois par semaine ?

AB : ça dépend c’est vraiment aléatoires, je peux venir qu’une fois comme 4 fois par semaine ou bien raté une semaine complète.

Une belle réussite après la fracture du pouce gauche

SR : Nous ne l’avions pas encore mentionné mais tu t’es fracturé le pouce gauche en début d’année.

AB : on m’a cassé le pouce (NDLR accident de moto et Abi est gauchère) je n’ai pas pu jouer pendant 3-4 mois. Mentalement c’était compliqué là où c’était le plus dur ce n’était pas d’être plâtrée et de ne pas pouvoir écrire, c’était vraiment de ne pas pouvoir pratiquer le bowling. Le bowling fait tellement partie de ma routine. J’étais perdue je ne savais plus quoi faire de mes soirées.

SR: ou alors juste regarder ?

JLD : ça c’est le pire car au bout d’un moment tu as le bout des doigts qui démangent (Rires) ou alors jouer de la mains droite

SR : Abi première gauchère de l’école et première élève.

BB : Et qui jouait régulierement de la main droite en fin de séance

AB : Aujourd’hui ça me fait rire de jouer un peu de la main droite.

SR : C’est l’enseignement qui est pratiqué à l’école aujourd’hui nos élèves jouent de leur bras de prédilection, du bras opposé et également à deux mains.

Le mot de la fin

BB : Félicitations à Abi car faire un 300 c’est bien en faire un 2ème c’est mieux. c’est une très bonne joueuse et je pense qu’elle fera beaucoup mieux j’en suis persuadé.

SR : On t’attends pour ton 300 en championnat pour qu’il soit homologué.

JLD : Bravo

SR : merci Abi pour ces interviews vu que la première n’a pas été enregistrée suite à un problème technique 😅


Abigaël monte en National 3 cette saison accompagnée de gauche à droite par Geneviève Devigne, sa mère Sylvie Betignies et Colette Cagnard
Bravo à ces 4 joueuses

Un mention spéciale pour le perceur d’Abigaël : David Sallé, sans bon matériel boule, perçage et pistes en état optimal de fonctionnement rien ne serait possible.

Si vous souhaitez avoir des informations sur le fonctionnement de notre école c’est par ici.

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